Lunettes intelligentes :
Innovation ou menace pour notre vie privée?
Imaginez la scène. Vous êtes en
réunion avec un collègue. Vous discutez d’un client, d’un projet confidentiel
ou d’un enjeu interne à l’entreprise. Devant vous, votre collègue porte une
paire de lunettes intelligentes. Une question vous traverse l’esprit : est-ce
qu’elles enregistrent? Comment pourriez-vous réellement
le savoir?
C’est exactement la question que les entreprises devront tôt ou tard affronter : est-il éthique de porter ce type de technologie au travail?
Ce ne sont pas de simples lunettes. Caméra, micro, commandes vocales, fonctions intelligentes, le tout sur le visage. Contrairement à un téléphone qu’on sort et qu’on pointe, le geste ici est beaucoup moins visible, et la frontière devient floue.
Certains diront qu’il y a un voyant lumineux. Mais peut-on réellement faire reposer notre consentement sur un simple voyant? J’ai vu une vidéo où une personne proposait, moyennant une rémunération, de neutraliser cet indicateur. Même si on ne peut pas mesurer à quel point c’est répandu, le fait même que la question se pose devrait nous inquiéter.
Tout dépend aussi du contexte. Un électricien qui travaille seul et documente ses étapes pour créer un tutoriel, dans ce cas, c’est pratique. Mais s’il y a des collègues, des clients, des visiteurs, là, le contexte change tout.
Et dans ce contexte apparaissent des obligations de confidentialité, parfois même formalisées par des contrats ou plus précisément des NDA (Entente de confidentialité). Avoir accès à une information ne veut pas dire avoir le droit de la capter. C’est une nuance essentielle.
Et si l’on sort du bureau, on entre dans des espaces encore plus sensibles. Un rendez-vous médical, par exemple. Là, il n’est plus seulement question de productivité ou d’innovation; il est question de vulnérabilité, de pudeur, de vie privée. Dans ces moments-là, la simple possibilité d’une captation change la relation. Est-ce vraiment à vous de demander si vous êtes enregistré? Et même si on vous répond non, comment pouvez-vous en être certain?
Et puis, il y a ceci : une chose qui me semble cruciale. Le fait même que nous ayons à nous poser toutes ces questions en dit déjà beaucoup. La vie privée ne devrait pas être à risque simplement parce qu’une technologie la rend plus facile à contourner. Le consentement ne devrait pas être implicite. Une technologie fascinante qui nous oblige à établir de nouvelles limites, voilà ce dont il s’agit.
Après avoir considéré les possibilités de cette technologie, ses avantages, mais aussi ses impacts sur la confiance, la confidentialité et les zones floues, ma réponse personnelle à la question « Les lunettes intelligentes sont-elles éthiques au travail? » dans le contexte actuel est non. Ce non n’est pas un rejet de la technologie. Il reconnaît simplement que le contexte, les personnes exposées et les obligations qui les entourent changent complètement la donne.
Avant de célébrer tout ce que cette technologie nous permet de faire, on devrait peut-être d’abord se demander si les autres ont réellement accepté de devenir les acteurs de ces captations.
Et maintenant, je vous retourne la
question : selon vous, est-ce que ces lunettes sont éthiques au travail? Et
surtout, si votre collègue en portait demain, seriez-vous parfaitement à
l’aise?